INONDATIONS
DU 18-19 SEPTEMBRE 2004 DANS LES REGIONS DE L’ARTIBONITE ET DU NORD OUEST
D’HAITI
PREMIERE
EVALUATION DES DEGATS DANS LE SECTEUR AGRICOLE[1]
Ces données ont été compilées
sur la base des informations obtenues auprès des Départements de
l’Agriculture du Nord Ouest et de l’Artibonite et suite aux constats faits
par la mission conjointe de l’Unité de Coordination d’Urgences FAO et du
CNSA.
1.
Situation
Les pluies charriées par le cyclone Jeanne ont
provoqué la perte quasi-totale de toutes les campagnes de production agricoles
en cours dans la région du haut Artibonite et dans la partie Est du département
du Nord-Ouest. Les superficies
totales de plaines endommagées sont estimées à 4.000 hectares.
L’état lamentable de dégradation de l’environnement caractérisé
par l’absence presque totale de couverture végétale a fait augmenter considérablement
le coefficient de ruissellement qui a permis un écoulement superficiel de
presque toute l’eau tombée provoquant des crues importantes et des débordements
de toutes les rivières des régions précitées.
En raison de la très faible capacité d’écoulement et de drainage
dans ces régions, ce régime torrentiel a provoqué dans les 6 à 8 heures qui
suivirent d’importantes inondations.
Les lits majeurs des rivières, les bas-fonds, les
vallées - où sont localisés la grande majorité des terrains agricoles de
plaine, les zones de concentration des populations des villes et des villages -
se sont retrouvés sous des eaux atteignant en certains endroits plus de 6’ de
hauteur. Ces hauteurs d’eau qui
ont tenu plus de 48 heures, précédés et suivis respectivement de crues et de
décrues rapides et violentes ont provoqué outre la mort de plus de 1.200
personnes à date, l’asphyxie et le déracinement de toutes les espèces végétales
et cultures vivrières en cours. Les
productions saisonnières en cours telles le sorgho, le maïs, les aubergines,
les pois, la patate douce, ainsi que les cultures annuelles et pluri annuelles,
telles le plantain, etc. ont pratiquement été détruites.
Outre la perte des campagnes agricoles en cours, la
furie de ces eaux inattendues a également entraîné la disparition d’une
partie importante du gros (équins,
bovins) et petit (chèvre, volaille) bétail.
Il est de rappeler que la région du haut Artibonite est reconnue zone de
grande production de volaille de souche locale et bovine.
Les régions montagneuses qui couvrent plus de 70%
de la superficie totale de ces régions affectées à topographie très accidentée,
n’ont pas été épargnées. Les
pertes en production de montagne telles les racines et tubercules, les maraîchers,
les épices dont ces régions ont la réputation d’être de grands producteurs,
sont énormes.
Il est à remarquer que, pour une
bonne partie de ces populations pratiquant une agriculture fortement
d’autosubsistance, outre leurs campagnes agricoles en cours qui sont perdues,
les infrastructures de production ont été fortement endommagées.
Les outils agricoles, les réserves en semences et en grains tant pour la
consommation que pour les prochaines campagnes agricoles ont été emportés. Les pertes en production agricole végétale et animale sont
estimées entre 10 à 11 millions de dollars EU. Les pertes dans les
infrastructures d’irrigation son estimés à 4 millions de dollars EU dans le
Nord Ouest et à 6 millions de dollars EU dans la plaine de Gonaives.
En effet les différents petits systèmes et réseaux
d’irrigation alimentés soit par gravité ou soit par pompage le long des rivières
de Ennery, Passe-Reine, La Branle, les Trois-Rivières ont tous été endommagés.
Les premières évaluations conduites révèlent que les motopompes et
les infrastructures des systèmes d’irrigation de la plaine de Gonaives et des
vallées de Trois Rivieres (prises d’eau, têtes mortes, bassins de
distribution, ouvrages partiteurs) sont partiellement ou totalement détruites,
des canaux d’irrigation et de drainage sont à curer et à réparer. Une évaluation
détaillée des zones affectes détaillée permettra de préciser.
2
Enjeux
La quasi-totalité des populations de ces régions
affectées vivant presque exclusivement d’une agriculture d’autosubsistance
et pratiquant des échanges intra régionaux à travers des petits marchés
ruraux très dynamiques, se retrouvent dépourvus de tout, sans aucune ressource
pouvant leur permettre de relancer leurs productions agricoles et élevages.
L’une des stratégies de survie qui s’offre à
ces populations affectées reste celle de consommer le bétail restant et de
continuer à intensifier la production du charbon de bois, conduisant à très
court terme à la disparition de l’élevage et à une accélération du
processus de dégradation de l’environnement et des sols.
Le spectre d’une situation de dénuement total et
de perspectives bien sombres dans le très court terme avec la disparition des
faibles réserves et d’une famine imminente, fait anticiper une relance de
l’émigration clandestine vers les autres pays de la Caraïbe et de l’Amérique.
A noter que ces régions demeurent celles où cette émigration a
toujours été la plus forte.
Si l’on se retrouve en fin d’une saison déjà
compromise, les prochains mois de novembre à février correspondent à la période
de la grande campagne des haricots d’hiver et a celle de reprise des
plantations de banane. Le coup
serait encore plus dur à encaisser, si jamais ces agriculteurs se voyaient
contraints à ne pas pouvoir profiter de cette prochaine saison agricole.
5.
Assistance d’urgence
En raison de l’imminence du début de la prochaine campagne d’hiver, il
est urgent d’aider les paysans et
agriculteurs à reprendre leurs activités. L’assistance dans le secteur
agricole devrait se concentrer en:
1.
Se pourvoir en moyens de production nécessaires pour relancer la production
et l’élevage (provision de semences, rejetons de bananes et outils ainsi que
la recapitalisation en cheptel et volaille)
2.
Remise en état des infrastructures de production agricole pour la réalisation
de la campagne d’haricot de novembre/décembre
3.
La création d’emplois à travers des travaux d’haute intensité de main
d’ouvre (curages des canaux, traitement de ravins et autres travaux de
conservation des sols, reboisement etc. )
4.
Renforcer la campagne prophylactique et de vaccination pour le contrôle des
parasites internes et externes et des épidémies du bétail. [2]
Port au
Prince 26 Septembre 2004
[1]
Compilé par l’Unité
de Coordination d’Urgences FAO-Haiti, en base à l’évaluation du DDA
Nord Ouest et aux informations donnes par le Directeur de la DDA de
l’Artibonite (mission FAO-CNSA
du 23 septembre)
[2] Les zones affectées seront prioritaires pour la campagne de vaccination contre l’Anthrax qui doit être lancée en Octobre 04 (Projet d’urgence FAO/MARNDR)