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Les
exportations de mangues ont rapporté 7,93 millions de dollars à
l'économie haïtienne en 2007, selon la Banque de la République d'Haïti.
Les estimations de l'Association nationale des exportateurs de mangues (Anem)
font état de 10 millions de dollars.
De par les devises qu'elle génère, la mangue arrive à détrôner le café
et le cacao dans le commerce extérieur d'Haïti, alors que ces denrées
ont longtemps été considérées comme deux des principaux produits
d'exportations du pays.
Depuis un peu plus d'une dizaine d'années, il y a un nouveau dynamisme
qui prend corps au niveau de l'industrie de la mangue haïtienne. Des
entreprises se spécialisent dans le traitement de ce fruit pour
alimenter le marché externe.
La Madame Francisque, une spécialité haïtienne
De toutes les variétés de mangues produites en Haïti, la Madame
Francisque est la plus convoitée. Elle est aussi la principale variété
nationale commercialisée à l'extérieur et conquiert les cœurs partout où
elle passe. C'est un fruit charnu et dont la saveur spéciale ne laisse
jamais indifférent.
D'autres pays, dont la République dominicaine, ont essayé de l'implanter
chez eux dans l'espoir d'exploiter les débouchés qui s'offrent sur le
marché international pour ce produit. Mais, ils n'ont pas réussi à
produire une variété identique à celle venue d'Haïti et, par conséquent,
la leur ne jouit pas de la même appréciation chez les consommateurs
internationaux.
La saison régulière de mangues commence vers mars pour se terminer vers
juillet. Durant cette période, les zones productrices de mangues et
toute la chaîne de commercialisation connaissent un regain d'activités.
Les camions font le va-et-vient entre les marchés ruraux et
Port-au-Prince pour acheminer le précieux produit à la capitale. Dans
les usines de traitement de mangues destinées à l'exportation, le
mouvement est intense. C'est le tableau qui se présente à Agropak S.A,
entreprise spécialisée dans le traitement de fruits et légumes destinés
à l'exportation.
Créée en 1998, Agropak se trouve au cœur de la Plaine du Cul de Sac.
Elle exporte annuellement environ 600 000 caisses de mangues,
principalement vers le marché américain. Compte tenu de la diversité de
ses partenaires, Agropak produit sous 5 labels différents : Agropak, La
Niña, Belle Mango, Mango lakay et Organic.

Pour s'approvisionner en mangues, Apropak achète auprès des planteurs
des principales zones productrices, dans les départements du Nord et du
Centre, particulièrement à Gros-Morne, considérée comme un bastion de la
mangue en Haïti.
L'entreprise utilise un système GPS pour faciliter la traçabilité du
produit et ainsi satisfaire les exigences des partenaires et
consommateurs internationaux, explique Réginald Paulémond, assistant
manager à Agropak.
Un traitement en plusieurs étapes
Le processus de traitement de la mangue, habilitant le produit à
franchir le seuil du marché international, comprend plusieurs étapes :
l'inspection de la mangue, le débarquement, le lavage, la sélection,
l'immersion, le rafraîchissement, l'emballage et la mise en chambre
froide.
Une fois que la cargaison de mangues arrive à l'industrie, elle est
soumise au contrôle minutieux de deux inspecteurs qui ont un bureau dans
l'industrie : l'un du ministère américain de l'Agriculture (USDA) et
l'autre du ministère haïtien de l'Agriculture, des Ressources naturelles
et du Développement rural (MARNDR). 2 % de la cargaison est prélevé pour
analyse afin de vérifier que les mangues soient en état de poursuivre le
processus de traitement dans l'industrie.
Puis, les mangues sont lavées dans une machine spécialisée, qui y ôte
les saletés et impuretés acquises au moment de la cueillette et du
transport.
Ensuite, elles subissent une première sélection qui permet d'arranger
les bonnes mangues en différentes catégories, dépendamment du poids de
la mangue. Pour passer cette étape, la mangue ne doit pas excéder 700
grammes, soit le poids standard. Celles qui dépassent ce seuil sont
considérées comme des déchets et sont rangées dans la même catégorie que
les mangues tâchées ou frappées. Ces dernières sont entreposées dans des
cassiers spéciaux, pouvant contenir 100 douzaines de mangues. Les
mangues non qualifiées pour l'exportation sont à leur tour vendues aux
marchandes détaillantes de la place.
Les mangues sélectionnées sont immergées dans de l'eau chaude, portée à
70-80 degré Farenheit pendant 75 à 90 minutes, pour qu'elles soient
débarrassées de toute saleté ou d'éventuel ver. « Toutes ces mesures
sont obligatoires de manière à protéger l'investissement de l'industrie,
car si les mangues arrivent aux États-Unis avec même une seule mangue
infestée de ver, toute la cargaison sera retournée en Haïti, ceci au
frais de l'entreprise haïtienne qui l'a exportée », précise Réginald
Paulémond.
Après le traitement à l'eau chaude, les mangues sont refroidies dans de
l'eau à température normale pendant 30 minutes. Après quoi, elles sont
prêtes pour la mise en boite.
Dépendamment de la grosseur de la mangue, une caisse peut contenir entre
8 à 12 unités. Ces caisses sont arrangées dans des containers, d'une
capacité de 216 caisses chacune.
Sur chaque caisse de mangues, il y a une fiche qui indique le numéro du
fournisseur, la date du traitement de la mangue dans l'industrie et la
plantation d'où le fruit est issu. Ces informations permettent de
constituer la traçabilité de la mangue et de détecter au besoin, quel
fournisseur qu'il va falloir bloquer, en cas d'infection de la mangue.
Après l'étape de l'emballage, les mangues sont mises dans une chambre
froide de manière à baisser leur température avant de les mettre dans un
container, prêt à être exporté. Le container peut contenir jusqu'à 4320
caisses.
L'année dernière, des pertes considérables ont été enregistrées dans
l'industrie de la mangue haïtienne après l'interdiction des exportations
aux États-Unis, à la suite de la découverte de larves vivantes de
mouches de fruit dans un container de mangues destiné au marché
américain. Les entreprises spécialisées dans le traitement de mangues
sont très conscientisées autour de ce problème qui était survenu et
adoptent toutes les mesures nécessaires pour éviter qu'il ne se
reproduise.
261 000 tonnes métriques de mangues ont été produites en Haïti en 2005.
Mais c'est un secteur qui peut faire encore beaucoup mieux compte tenu
de toutes les potentialités qu'il regorge et considérant la demande
croissante pour la mangue haïtienne sur le marché international. Avec
une augmentation des plantations de mangues, l'amélioration des
conditions de transport et le renforcement des capacités de
transformation des entreprises et du système de commercialisation,
beaucoup d'Haïtiens pourraient augmenter leurs revenus, grâce à cette
filière. La mangue haïtienne pourrait également faire rentrer davantage
de devises dans le pays pour réduire le déséquilibre de la balance
commerciale de l'économie nationale.
Source :
Agropresse |