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Au cours du mois d’octobre 2006, la revue
Latin Trade a distingué plusieurs personnalités du continent américain.
Le directeur de Veterimed, Michel Chancy, a reçu le prix de « leader
humanitaire de l'année » à coté de huit autres dignitaires dont le
président dominicain Leonel Fernandez, leader politique de l’année, et
le ministre des Affaires du Canal de Panama, Ricaurte Vasquez Morales,
leader innovateur de l'année. Qu’est-ce qui a permis à cet Haïtien de
figurer dans ce tableau d’honneur ? Michel Chancy a dévoilé au quotidien
Le Matin les circonstances qui lui ont permis d’obtenir cette
distinction à travers une interview exclusive accordée à la section
Économie et Affaires.
Le Matin : Michel Chancy, le projet « Lèt Agogo » a reçu, l’année
dernière, le premier prix du concours d’innovation sociale de la Cepal.
Durant le mois d’octobre de l’année 2006, la revue Latin Trade vous a
décerné le prix de « Leader humanitaire de l’année ». Avec quel
sentiment avez-vous reçu cette distinction ?
Bien sur avec une grande fierté, mais une fierté que je partage avec
tout un collectif, composé de l’ensemble du personnel de l’ONG
Veterimed, mais aussi des paysans-producteurs avec lesquels et pour
lesquels nous réalisons nos programmes d’appui à l’élevage et aussi d’un
ensemble d’autres partenaires avec lesquels nous collaborons.
Le Matin : Qu’est-ce qui vous a valu ce prix ?
Le prix du « Leader humanitaire de l’année » est décerné par la revue
Latin Trade à la personnalité, qui selon eux (les 350 000 lecteurs et le
board de Latin trade), a le plus œuvré à l’amélioration des conditions
de vie des peuples d’Amérique latine.
C’est en effet cette mission que nous nous sommes donné au moment de
créer Veterimed. En améliorant les techniques d’élevage et les débouchés
pour les produits des paysans, qui représentent 65 % de la population du
pays, on peut augmenter leurs revenus et ainsi contribuer à améliorer
leurs conditions de vie.
Le Matin : Haïti est surtout connue comme un pays qui regorge de leaders
politiques. Être un leader humanitaire dans le contexte actuel en Haïti,
cela veut dire quoi ?
La solution des problèmes politiques et socio-économiques du pays ne
passe pas seulement par la lutte entre les partis politiques. À l’heure
actuelle, selon moi, tout citoyen devrait souscrire à un engagement pour
participer, d’une façon à une autre, au sauvetage national. Un
engagement citoyen, c’est possible. Il suffit d’ouvrir un peu les yeux,
et de faire ce qu’on a à faire, collectivement, c’est à dire en unissant
nos efforts, car le travail d’équipe est toujours récompensé.
Il suffit seulement de faire preuve d’un peu d’imagination agrémentée
d’un soupçon d’audace. Je crois sincèrement qu’en abordant les choses
avec cet esprit, chacun de nous peut devenir un leader humanitaire.
Haïti en a besoin de 8 millions de leaders humanitaires!
Le Matin : En quoi le projet « Lèt Agogo » a-t-il contribué à votre
distinction ?
C’est effectivement « Lèt Agogo » qui a fait la réputation de Veterimed
ainsi que la mienne au niveau international. « Lèt Agogo » constitue aux
yeux de nombreuses organisations et personnes engagées dans le
développement, un exemple éloquent de la manière dont on peut développer
des réponses innovantes dans des conditions extrêmement difficiles. En
s’appuyant à la fois sur le savoir- faire des paysans, en leur
permettant de s’approprier des techniques modernes et en appuyant leur
processus d’organisation, on peut effectivement créer de la richesse, de
l’emploi et donc de l’espoir.
Le Matin : En dehors du projet « Lèt Agogo », quels sont les autres
projets conduits par Veterimed ?
Veterimed a depuis toujours travaillé dans la santé animale, en appuyant
l’organisation de campagnes de vaccination et la formation d’un réseau
national d’agents vétérinaires paysans. Nous travaillons dans d’autres
filières animales : l’élevage de lapins, de poules, de cabris, la
réhabilitation de l’environnement en alliant production d’herbes
fourragères pour l’alimentation des animaux et conservation de sol. Nous
touchons à tout ce qui est lié à la santé et à la production animales.
Le Matin : Quelles sont les perspectives de Veterimed pour les années
à venir ?
Nous venons tout juste de terminer le processus d’élaboration de notre
plan stratégique pour la période 2007-2011, qui s’annonce comme une
phase de consolidation, notamment
en ce qui concerne « Lèt Agogo ». L’emphase sera maintenue sur l’appui
aux organisations paysannes et le travail au sein d’un réseau national
de partenaires de plus en plus étoffé. Nous pensons également lancer des
innovations notamment sur le plan de la communication avec le grand
public et avec les autres acteurs du secteur de l’agriculture.
Le Matin : « Lèt Agogo » est un exemple de projet à succès dans le
domaine de l’agro-transformation en Haïti ? Comment voyez-vous l’avenir
de l’agro-transformation dans le pays ?
Le pays ne peut pas se développer sans un développement de l’agriculture.
L’agriculture ne peut se développer sans le développe- ment de l’agro-transformation.
Aujourd’hui le plus grand problème des paysans-producteurs est d’arriver
à mettre leurs produits sur le marché. La transformation des produits
agricoles est indispensable pour mieux conserver, transporter et donc
vendre les produits agricoles. Cette transformation des produits permet
de créer de la valeur ajoutée, donc de la richesse.
Dans la recherche de solutions, il nous faut développer des alliances
mutuellement avantageuses pour toutes les couches de la société, de
façon à garantir une répartition plus équilibrée de la richesse
nationale. Pourquoi ne pas imaginer aussi, à travers le pays, comme pour
le réseau des laiteries « Lèt Agogo », des dizaines de petites
industries de fabrication de jus de fruits par exemple, qui
fonctionneraient en réseau, se complétant les unes les autres, et qui
s’approvisionnent auprès de paysans qui en seraient également les
actionnaires ?
Il nous faut aujourd’hui sortir des sentiers battus ou des recettes
toutes faites. Tout en nous appuyant sur les acquis des sciences
modernes, il faut explorer de nouvelles pistes de développement, mieux
adaptées à la réalité de notre pays.
Il est vrai que le pays est truffé d’obstacles, il y a en effet des
problèmes partout. Ces problèmes sont nombreux et très graves, mais ce
qu’il y a encore plus, se sont des opportunités qui se gaspillent.
Saisissons ces opportunités et transformons nos rêves en réalité.
Propos recueillis par : Rock André
vendredi 29 décembre 2006
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