DISTINCTION/REVUE LATIN TRADE / « Leader humanitaire de l’année », pourquoi le choix de Michel Chancy ?    

29 Decembre 2006

Au cours du mois d’octobre 2006, la revue Latin Trade a distingué plusieurs personnalités du continent américain. Le directeur de Veterimed, Michel Chancy, a reçu le prix de « leader humanitaire de l'année » à coté de huit autres dignitaires dont le président dominicain Leonel Fernandez, leader politique de l’année, et le ministre des Affaires du Canal de Panama, Ricaurte Vasquez Morales, leader innovateur de l'année. Qu’est-ce qui a permis à cet Haïtien de figurer dans ce tableau d’honneur ? Michel Chancy a dévoilé au quotidien Le Matin les circonstances qui lui ont permis d’obtenir cette distinction à travers une interview exclusive accordée à la section Économie et Affaires.

Le Matin : Michel Chancy, le projet « Lèt Agogo » a reçu, l’année dernière, le premier prix du concours d’innovation sociale de la Cepal. Durant le mois d’octobre de l’année 2006, la revue Latin Trade vous a décerné le prix de « Leader humanitaire de l’année ». Avec quel sentiment avez-vous reçu cette distinction ?

Bien sur avec une grande fierté, mais une fierté que je partage avec tout un collectif, composé de l’ensemble du personnel de l’ONG Veterimed, mais aussi des paysans-producteurs avec lesquels et pour lesquels nous réalisons nos programmes d’appui à l’élevage et aussi d’un ensemble d’autres partenaires avec lesquels nous collaborons.

Le Matin : Qu’est-ce qui vous a valu ce prix ?

Le prix du « Leader humanitaire de l’année » est décerné par la revue Latin Trade à la personnalité, qui selon eux (les 350 000 lecteurs et le board de Latin trade), a le plus œuvré à l’amélioration des conditions de vie des peuples d’Amérique latine.
C’est en effet cette mission que nous nous sommes donné au moment de créer Veterimed. En améliorant les techniques d’élevage et les débouchés pour les produits des paysans, qui représentent 65 % de la population du pays, on peut augmenter leurs revenus et ainsi contribuer à améliorer leurs conditions de vie.

Le Matin : Haïti est surtout connue comme un pays qui regorge de leaders politiques. Être un leader humanitaire dans le contexte actuel en Haïti, cela veut dire quoi ?

La solution des problèmes politiques et socio-économiques du pays ne passe pas seulement par la lutte entre les partis politiques. À l’heure actuelle, selon moi, tout citoyen devrait souscrire à un engagement pour participer, d’une façon à une autre, au sauvetage national. Un engagement citoyen, c’est possible. Il suffit d’ouvrir un peu les yeux, et de faire ce qu’on a à faire, collectivement, c’est à dire en unissant nos efforts, car le travail d’équipe est toujours récompensé.
Il suffit seulement de faire preuve d’un peu d’imagination agrémentée d’un soupçon d’audace. Je crois sincèrement qu’en abordant les choses avec cet esprit, chacun de nous peut devenir un leader humanitaire. Haïti en a besoin de 8 millions de leaders humanitaires!

Le Matin : En quoi le projet « Lèt Agogo » a-t-il contribué à votre distinction ?


C’est effectivement « Lèt Agogo » qui a fait la réputation de Veterimed ainsi que la mienne au niveau international. « Lèt Agogo » constitue aux yeux de nombreuses organisations et personnes engagées dans le développement, un exemple éloquent de la manière dont on peut développer des réponses innovantes dans des conditions extrêmement difficiles. En s’appuyant à la fois sur le savoir- faire des paysans, en leur permettant de s’approprier des techniques modernes et en appuyant leur processus d’organisation, on peut effectivement créer de la richesse, de l’emploi et donc de l’espoir.

Le Matin : En dehors du projet « Lèt Agogo », quels sont les autres projets conduits par Veterimed ?

Veterimed a depuis toujours travaillé dans la santé animale, en appuyant l’organisation de campagnes de vaccination et la formation d’un réseau national d’agents vétérinaires paysans. Nous travaillons dans d’autres filières animales : l’élevage de lapins, de poules, de cabris, la réhabilitation de l’environnement en alliant production d’herbes fourragères pour l’alimentation des animaux et conservation de sol. Nous touchons à tout ce qui est lié à la santé et à la production animales.

Le Matin : Quelles sont les perspectives de Veterimed pour les années à venir ?

Nous venons tout juste de terminer le processus d’élaboration de notre plan stratégique pour la période 2007-2011, qui s’annonce comme une phase de consolidation, notamment
en ce qui concerne « Lèt Agogo ». L’emphase sera maintenue sur l’appui aux organisations paysannes et le travail au sein d’un réseau national de partenaires de plus en plus étoffé. Nous pensons également lancer des innovations notamment sur le plan de la communication avec le grand public et avec les autres acteurs du secteur de l’agriculture.

Le Matin : « Lèt Agogo » est un exemple de projet à succès dans le domaine de l’agro-transformation en Haïti ? Comment voyez-vous l’avenir de l’agro-transformation dans le pays ?

Le pays ne peut pas se développer sans un développement de l’agriculture. L’agriculture ne peut se développer sans le développe- ment de l’agro-transformation. Aujourd’hui le plus grand problème des paysans-producteurs est d’arriver à mettre leurs produits sur le marché. La transformation des produits agricoles est indispensable pour mieux conserver, transporter et donc vendre les produits agricoles. Cette transformation des produits permet de créer de la valeur ajoutée, donc de la richesse.


Dans la recherche de solutions, il nous faut développer des alliances mutuellement avantageuses pour toutes les couches de la société, de façon à garantir une répartition plus équilibrée de la richesse nationale. Pourquoi ne pas imaginer aussi, à travers le pays, comme pour le réseau des laiteries « Lèt Agogo », des dizaines de petites industries de fabrication de jus de fruits par exemple, qui fonctionneraient en réseau, se complétant les unes les autres, et qui s’approvisionnent auprès de paysans qui en seraient également les actionnaires ?
Il nous faut aujourd’hui sortir des sentiers battus ou des recettes toutes faites. Tout en nous appuyant sur les acquis des sciences modernes, il faut explorer de nouvelles pistes de développement, mieux adaptées à la réalité de notre pays.


Il est vrai que le pays est truffé d’obstacles, il y a en effet des problèmes partout. Ces problèmes sont nombreux et très graves, mais ce qu’il y a encore plus, se sont des opportunités qui se gaspillent. Saisissons ces opportunités et transformons nos rêves en réalité.

Propos recueillis par : Rock André
vendredi 29 décembre 2006