|
Il
existe un commerce florissant sur la frontière haïtiano-dominicaine qui
pourtant n'est pas toujours pris en compte dans les relevés des
transactions du pays avec l'extérieur. Le pois congo est, à côté de la
mangue, du café et de l'avocat, l'une des principales denrées haïtiennes
qui alimente ce commerce binational transfrontalier. Il rapporte des
devises au pays mais pourrait être cependant d'un meilleur apport à
l'économie nationale avec une meilleure structuration de la filière.
Une étude réalisée par le Laboratoire des relations
haïtiano-dominicaines (Larehdo), à travers la firme Inter Entreprises
(Inesa), sur la filière d'exportation du pois congo d'Haïti vers la
République dominicaine (2005), dévoile les potentialités de cette
légumineuse. D'où vient le pois congo ?
Le pois congo, de son nom scientifique, cajanus cajan, est aussi appelé
pois d'Angole. Originaire d'Asie, il a été introduit en Haïti au gré des
échanges entre les peuples à travers les siècles. L'Inde représente le
plus grand producteur mondial de pois congo et fournit plus de 80 % de
l'offre mondiale. Haïti et la République dominicaine font partir des
rares pays de la Caraïbe où il est cultivé.
Le pois congo est exporté principalement sous trois formes : en grain
sec, en conserve et frais réfrigéré ou congelé. La République
dominicaine est le principal exportateur de ce produit dans la Caraïbe.
La production dominicaine ainsi que la surface plantée en pois congo
connaissent cependant une diminution très marquée. Les exportations
dominicaines ont fortement chuté après avoir atteint un pic de près de
13 millions de dollars américains en 1995. La baisse de la production de
pois congo en République dominicaine a créé les conditions pour
l'exportation de pois congo haïtien vers le territoire voisin.
En Haïti, la production de pois congo est atomisée et les densités de
cultures pratiquées varient à l'intérieur de systèmes de cultures
associées. Ce qui rend très difficile l'estimation du volume produit en
Haïti. Cependant, la production nationale peut être évaluée à plus de 25
000 tonnes métriques (TM) de grain sec par année, plus de 37 000 TM de
grain frais ou 75 000 TM en gousses. Pour l'ensemble de la zone
frontalière, le volume total de pois congo produit est estimé à environ
7000 TM de grain sec ou 21 000 TM de pois en gousses.
Le pois congo est cultivé dans des zones sèches ou semi-humides où les
précipitations sont comprises entre 600 et 1200 mm par an. Mais en
Haïti, on le retrouve dans des zones ne dépassant pas 800 mètres
d'altitude et où la pluviométrie varie de 800 à 1200 mm. Généralement,
il est cultivé en association avec le maïs, le sorgho, l'arachide, la
patate ou le haricot. Le pois congo constitue une riche source de
protéine (18-20 %). Les principales variétés retrouvées en Haïti sont :
Alizerne, Apeco, Ti manbo, Ti bòkò, Ti bourik et Gwo pwa, appelé dans
certaines régions Ane.
Le pois congo cultivé en Haïti a un cycle de production allant de 4 à 8
mois selon la date de plantation.
Manque d'infrastructures routières : obstacle à la commercialisation
Le pois congo destiné à l'exportation est produit dans quatre grandes
régions du pays : le Nord'Est, le Haut Plateau central, le Bas Plateau
central et la zone Sud (départements de l'Ouest et du Sud'Est). La zone
du Nord'Est regroupe les communes de Ouanaminthe, Capotille, Mombin
Crochu, Carice et Vallière. Le Haut Plateau central rassemble les
communes de Cerca la source, Thomassique et les communes de
l'arrondissement de Hinche. Dans le Bas Plateau central, on trouve les
communes de Lascahobas, Belladère, Savanette et les zones avoisinantes.
La zone sud concernée par les exportations de pois congo regroupe
Cornillon, Fonds Verettes, Thiotte et Anse à Pitre.
Le mauvais état des routes rend difficile la commercialisation du pois
congo entre le producteur et le consommateur de Port-au-Prince. Cela
facilite l'émergence d'intermédiaires qui achètent le pois congo aux
producteurs pour le revendre en République dominicaine. La quantité de
pois congo en gousses exportée annuellement à partir de la frontière se
situe entre 4000 et 5000 tonnes métriques (TM). À ceci s'ajoute du pois
congo en grains secs dont les volumes se situent entre 100 et 200 TM.
Ces exportations génèrent des revenus de l'ordre de 1,8 million de
dollars américains. Ce qui place le pois congo en 6e rang au niveau des
exportations haïtiennes de produits agricoles vers la République
dominicaine, selon l'étude du Larehdo. Mais en termes de volume (4260
TM), il se place en troisième position dans la liste des produits locaux
exportés vers la République dominicaine.
Environ 10 % du pois congo consommé en République dominicaine provient
d'Haïti. Plusieurs raisons favorisent la pénétration du pois congo
haïtien sur le marché dominicain : augmentation des coûts de production
et faible rentabilité de la culture en République dominicaine, baisse de
la production dans ce pays, sous-utilisation des capacités industrielles
dans ce secteur…
Pour permettre à la culture de pois congo de s'améliorer en Haïti,
l'étude du Larehdo fait plusieurs recommandations. Elle suggère
notamment que l'État haïtien mesure a priori les avantages et les
inconvénients de toute intervention dans le secteur pour ne pas lui
causer plus de tort que de bien. Elle appelle aussi à l'amélioration du
réseau routier du côté haïtien dans la zone frontalière et
l'augmentation des capacités de stockage de ce produit en Haïti.
Pour l'instant le pois congo est exporté seulement en grains secs ou en
gousses fraîches. Depuis l'arrêt de fonctionnement de l'usine Facolef
dans la plaine de Cavaillon à la fin des années 1970, il n'existe plus
d'entreprise spécialisée dans la mise en conserve du pois congo en
Haïti. Pourtant la mise en conserve et la transformation du pois congo
sont indispensables pour créer de la valeur ajoutée dans la filière en
vue d'une meilleure contribution à l'économie nationale.
Source :
Agropresse |